L’AVARE / MOLIERE

Mise en scène : Valéry Forestier

Assistante à la mise en scène : Fanny Brancourt

Avec : Sabrina Amengual, Jean-Pierre Artur, Julie Autissier, Benjamin Bernard, Grégory Corre, Marguerite Courcier, Serge Nicolaï et Rainer Sievert.

Musique : Stéphane Mulet

Décor et lumières : François Marsollier

Costumes : Barbara Gassier

Production Le Commun des Mortels
Avec le soutien des Tréteaux de France
Centre Dramatique National
Coproduction Le Confluent Montfort-sur-Meu / Pôle Sud Chartres de Bretagne / Grain de Sel Séné
Production en cours / Création 2022

MONTER L’AVARE AUJOURD’HUI

Monter un classique aujourd’hui, à l’heure des écritures collectives au plateau, cela pourrait sembler incongru, suranné, …ringard.
Pour moi, il s’agit surtout d’exprimer à travers cette comédie tragique combien notre société s’est figée dans ses fonctionnements depuis 400 ans.

Monter l’Avare aujourd’hui, ce n’est pas raconter le ridicule d’un vieux grigou.
C’est au contraire s’appuyer sur une langue qui ne s’affaiblit pas dans le quotidien de notre époque, qui conserve la distance nécessaire pour permettre de garder une portée politique qui ne soit pas anecdotique.

Évidemment, il s’agit d’évoquer l’argent comme la valeur qui a supplanté nos vies. Mais il s’agit surtout de raconter comment un monde ancien, autoritaire, enraciné depuis la nuit des temps, tente de se perpétuer à l’infini, et tant pis pour ceux qui suivent.

Car c’est bien là ce que nous allons raconter. Un conflit de générations. Mais une seule contre toutes celles qui suivront.
Un monde de pouvoir, gavé de possession, de nourriture, de richesse, qui prend corps sur le travail et les désirs d’autrui, et qui a tout gelé sur son passage, un monde qui ne s’assouvit que de lui-même, qui ne jouit que pour lui-même.
Alors l’Avare devient une pièce hautement politique, hautement contemporaine. Elle devient l’histoire d’une dictature, d’une jeunesse qui se révolte, qui entre en guerre contre un pouvoir autoritaire.

Huit acteurs et actrices au plateau, de la musique, et un décor qui raconte plutôt un dedans et un dehors, un lieu de droit, et un lieu de non-droit.
Peut-être une plateforme surélevée avec un petit trône, où Harpagon, coincé dans son costume de Roi Soleil, dans un passé qui se mue sans cesse en présent, grossit en mangeant, couvert de bijoux, perruqué et vieux. Protégé par un chœur anonyme, il possède sa propre milice.

La recherche sur les éclairages serait celle d’une bagarre avec l’obscurité, l’obscurantisme, avec un Harpagon qui règne sur l’ombre et la lumière.
Tout pourrait s’organiser, masque et matériel militaire, pour monter une rébellion, un mai 68, mais en mieux, Une Commune ! Pour que chacun, coincé entre le passé et l’Avenir, immobilisé dans la poussière d’un cauchemar, puisse reprendre sa marche vers son présent.
Les uns et les autres, si différents dans leur motivations, dans leur être, se trouvent, dans la lutte collective et s’organisent pour l’avenir.
Et alors, cet Avare n’est pas si inutile qu’il y paraît, puisque coincé dans le passé, il ouvre toute grande la porte à notre présent.

Valéry Forestier