L’ECOLE DES FEMMES

Un classique dans l’espace public!

Texte : Molière
Mise en scène : Valéry Forestier
Jeu : Sabrina Amengual, Julie Autissier et Valéry Forestier

Avec ce texte créé à l’origine en 1662, farce en vers, Molière exprime l’angoisse de son écart d’âge avec Armande Béjart qu’il vient d’épouser, et encore une fois, signifie son amour de la liberté à une société paternaliste où le statut des femmes fait débat depuis la Renaissance.
Arnolphe a acheté Agnès quand elle avait 4 ans, avec le projet de l’épouser le moment venu.
Considérant que l’esprit pour une femme est une source d’émancipation bien trop risquée, et pour ne pas être cocu, il décide de l’élever à l’écart du monde, sous la garde de deux domestiques benêts.
Dans sa réclusion, la jeune Agnès découvre toutefois que la vie vaut la peine d’être vécue en rencontrant le bel Horace, follement amoureux d’elle…
Lorsqu’il découvre leur liaison, Arnolphe met tout en œuvre pour les confondre et récupérer Agnès.
En prenant possession de la vie de la jeune Agnès, en la pliant à la volonté de son monde masculin et figé, Arnolphe en fait une esclave moderne, une « chose » qu’on s’accapare pour rendre la vie meilleure. Agnès devient une poupée, un objet de décoration et de plaisir, une « utilité » à la fois sexuelle, domestique et sociale..
Bien qu’il l’ait d’abord envisagée comme un objet, après toutes ces années, Arnolphe tombe quand même amoureux de celle qu’il a fait élever comme sa fille. Malsaine au plus haut point, cette vision narcissique de l’amour révèle la violence et la noirceur de ses desseins. Comme toujours, par le rire, Molière trouve le moyen de mettre en scène les bourreaux, rendus encore plus violents par notre époque.
S’approprier Agnès, étouffer son désir de vivre pour la transformer en une forme vide, abstraite et dogmatique de la vie, ce n’est pour Arnolphe que le moyen de correspondre à une certaine forme de réussite sociale et matrimoniale, un accomplissement de soi figé dans une image, une représentation de ce qu’est le bonheur.
Dans cette forme de terrorisme, Arnolphe abuse de la violence. Dominer la femme par l’esprit et la contraindre au domestique, c’est éviter le danger de son émancipation, le danger d’un bouleversement des rôles, et de l’inattendu.
Agnès est emprisonnée, gardée à vue, comme si le vivant était dangereux. Et surtout, comme s’il pouvait déranger les codes d’une classe murée dans son pouvoir et apporter un souffle nouveau.
Arnolphe ne connaît pas d’autre bonheur que celui qu’on lui a enseigné, et qu’il ne souhaite surtout pas partager.
Mais cette vie figée, représentative d’un modèle dépassé, est à l’opposé de ce qu’est la vie.
Ni la force, ni la violence ne peuvent rien contre le développement d’Agnès, son envie d’être vivante, la puissance de sa jeunesse et de son désir pour Horace qui aiguisent son corps et son esprit comme des lames.
Annonciatrice des Lumières, Agnès, se libère de son carcan intellectuel, dogmatique et obscurantiste pour en faire émerger la vie, et devient porteuse d’avenir, de changement et de possibilité.
Arnolphe réalise alors le danger que représente l’altérité pour le monde ancien : l’autre est un enrichissement, une version meilleure de moi-même.
Loin d’une guerre des sexes, L’École des Femmes est bien évidemment une pièce de l’émancipation féminine, et très certainement aussi un apprentissage de l’émancipation masculine.
La vie est augmentée par la femme!
Non pas comme une valeur ajoutée à l’homme, mais comme une semblable, parce que comme lui, elle est l’altérité.
C’est une pièce sur la réunion des hommes et des femmes qu’a écrite Molière, une pièce confiante dans l’avenir.

Valéry FORESTIER.